La gestion mentale : apprendre à apprendre

La gestion mentale : apprendre à apprendre

Accompagner des élèves avec

l'éclairage de la Pédagogie des gestes de la connaissance

(ou Gestion Mentale)

 

 

Depuis 5 ans, j'accompagne sur le plan scolaire des élèves de niveaux et de difficultés différents. Très vite j'ai compris que mon expérience de professeur n'était pas suffisante car réexpliquer des contenus et proposer des batteries d'exercices est loin d'être suffisant pour qui décide de s'intéresser vraiment à la difficulté scolaire. J'ai donc entrepris une formation en Pédagogie des gestes de la connaissance ou Gestion Mentale (GM), ce qui a considérablement enrichi et même modifié ma pratique.

Je vais d'abord vous éclairer sur ce qu'est la Gestion Mentale, puis je décrirai quelles influences cette approche a eu sur mon travail.

 

 

Qu'est ce que le Gestion Mentale ?

 

C'est en publiant "Profils pédagogiques" en 1980 qu'Antoine de la Garanderie a mis à jour sa théorie de la GM. Depuis lors, cette expression a donné lieu à de nombreux malentendus. C'est vrai que l'expression est loin d'être transparente et peut même prêter à confusion.

C'est pour cette raison que l'on préfère parler de Pédagogie des gestes mentaux ou des gestes de la connaissance.

 

La pédagogie des gestes de la connaissance n'est pas une théorie qui viserait à contrôler ou à gérer le mental des individus. Ce n'est pas non plus une méthode pédagogique qui détiendrait les réponses à toutes les difficultés scolaires.

Il s'agit d'une démarche phénoménologique : persuadé que chacun peut réussir à apprendre, Antoine de la Garanderie s'est obstiné à rechercher les secrets de l'art d'apprendre. Pour cela, il a engagé des dialogues avec les "cracks", avec les adultes et les enfants performants dans leurs domaines pour les amener à décrire "comment ils font dans leur tête". En effet, comme le rappelle Philippe Meirieu (1) "Etre "actif" c'est exercer une "activité mentale" car la seule activité qui permette d'apprendre est celle qui se passe "dans la tête de l'élève"". Ainsi, on peut être dans le "faire" : faire un exercice, faire ses devoirs etc...sans pour autant avoir appris quelque chose ; c'est le cas chaque fois que l'on est sur le mode stimuli/réponse par exemple. Que se passe-t-il donc dans "la boîte noire" ? Comment tel ou tel élève apprend-t-il ? De la Garanderie a identifié et répertorié ainsi "la grande diversité des fonctionnements cognitifs". En effet, chacun met en place très tôt des habitudes mentales, des méthodes personnelles de traitement de l'information.

 

La GM a mis à jour deux réalités : les évocations et le projet mental.

Les évocations sont des images mentales par lesquelles le sujet rend mentalement présent le monde qui l'entoure. Elles peuvent être visuelles, auditives, verbales ou tactiles, fixes ou mobiles, concrètes ou abstraites... C'est une traduction intérieure et personnelle de ce qu'il perçoit à travers ses sens. Ainsi chaque élève se fera (ou pas ! ) une représentation mentale personnelle du théorème de Thalès ou du concept d'attribut du sujet. L'inexistence des évocations ou leur extrême pauvreté compromet bien évidemment la réussite de tout acte d'apprentissage. Néanmoins, on peut apprendre à enrichir ses évocations spontanées et à les diriger.

Le projet mental est ce qui met en mouvement dans sa tête, c'est ce qui permet à l'apprenant de se donner des moyens mentaux adaptés à un but, à une tâche. Une consigne par exemple dans un exercice va ainsi permettre à l'élève de se donner un projet mental c'est à dire de concentrer son activité mentale sur un but précis. Ne pas se tromper de projet est ainsi capital pour la réussite scolaire ! Il peut donc être extrêmement intéressant d'interroger ces projets pour les rendre conscients. Cela peut se faire au moyen d'un dialogue pédagogique (2).

 

Ce langage mental personnel que sont les évocations et ce projet mental spécifique s'incarnent dans des gestes mentaux de la connaissance. Antoine de la Garanderie en a étudiés cinq : l'attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l'imagination créatrice. Il y en a bien sûr bien davantage. Gérard de Vecchi (3) cite par exemple quelques autres opérations mentales : reconnaître, se décentrer, analyser, synthétiser... La GM s'est intéressée aux principaux et les a analysés comme des gestes physiques (un lancer-franc au basket par exemple) dont le déroulement et la structure sont descriptibles. Elle les a étudiés séparément pour pouvoir en comprendre les spécificités mais dans la réalité ils sont étroitement imbriqués. L'ignorance de la réalité des gestes mentaux et de la manière de les pratiquer peut provoquer échec, perte de sens de l'apprentissage et arrêt de l'activité mentale.

 

La Gestion Mentale dans ma pratique :

 

Tout d'abord la GM a contribué à modifier mon regard sur l'apprenant en difficulté. Elle postule que chacun possède en lui les moyens de sa réussite. Je perçois chaque élève avec ce regard bienveillant et confiant, cette foi inconditionnelle dans ses potentialités, dans ses capacités à apprendre et à évoluer et ce quels que soient son parcours et ses difficultés actuelles.

 

Ce regard m'a amené à faire évoluer ma posture. D'une posture "d'expert" détenteur du savoir je suis passée à une posture d'accompagnant (4). Il s'agit d'un cheminement au côté de l'apprenant, en partant de là où il en est, pour aller à son rythme vers des objectifs précis, une direction commune. C'est une démarche d'exploration. C'est une relation d'aide, d'écoute, de respect (notamment du fonctionnement cognitif propre à chaque individu), d'accueil, d'échanges. Cela n'a plus grand chose à voir avec la posture traditionnelle enseignant/enseigné. Je suis davantage un "facilitateur d'apprentissages", un médiateur dans la rencontre entre un élève et un savoir.

 

Ainsi, ma pratique n'est donc plus centrée uniquement sur les savoirs mais davantage sur les opérations intellectuelles, sur les processus mentaux à l'oeuvre.

Elle est axée sur la distinction entre perception (lire, écouter, observer, regarder...) et évocation (construction de représentations mentales) mais aussi sur l'importance du projet mental. Ainsi le projet de "lire une leçon" sera peut-être un peu "court" pour préparer une évaluation ! Il faudra probablement l'enrichir pour amener l'élève à se donner un projet plus précis : "je vais lire ma leçon afin de la faire exister dans ma tête au moyen d'images visuelles, verbales, auditives....de manière à pouvoir la restituer demain à haute voix devant toute la classe".

Cette consigne renferme un geste d'attention et de mémorisation qui, tout comme les trois autres, ont des étapes incontournables sur lesquelles on peut aussi travailler afin de les rendre plus efficaces. L'attention portée au projet permet également d'une façon plus large de travailler sur le sens et la finalité des tâches qui sont données à l'élève et sur les exigences de l'Ecole : A quoi sert ce que je vais faire ? Pourquoi m'a t-on donné à faire cette tâche ? Qu'est ce que l'on attend de moi ? Pourquoi ?

La finalité ne suffit pas mais elle reste indispensable pour pouvoir ajuster les moyens à mettre en œuvre : comment doit-on s'y prendre (méthodes exigées par le professeur) ? Comment personnellement faut-il que je m'y prenne pour réussir ? Dans ce travail d'exploration des moyens, l'analyse de l'erreur est une pratique métacognitive très intéressante. Si l'on postule "l'implacable logique de l'erreur" elle permet de prendre de la distance par rapport à son travail, de déconstruire un raisonnement erroné, de prendre conscience de connaissances mal mémorisées, de mettre à jour un probléme de compréhension, de réflexion...

 

 

Dans notre système éducatif l'élève reçoit chaque jour de nombreuses consignes et injonctions : il doit "réviser la séquence en vue d'une évaluation prochaine", "résoudre ce problème", "lire le texte et répondre aux questions", "imaginer la fin du roman"... Par ailleurs, sur les bulletins trimestriels, le corps enseignant le somme "d'approfondir son travail", "d'être plus attentif", "de s'investir davantage"... L'accompagnement que je propose avec l'éclairage de la pédagogie des gestes de la connaissance permet d'explorer le comment faire en donnant à l'élève son rôle d'acteur dans ses apprentissages et sa réussite, en lui permettant de comprendre ce qu'il fait, comment il le fait et comment il pourrait le faire mieux... afin de le rendre autonome.

 

 

Céline CHABOT

Accompagnement scolaire

06 81 58 73 07

contact@celinechabot.fr

 

 

(1) Pédagogie : des lieux communs aux concepts clés Ph. Meirieu, ESF éditeur, 2013, p.29.

(2) "entretien spécifique permettant de faire émerger à la conscience d'un sujet les habitudes mentales qu'il déploie au cours de la réalisation d'une tâche précise".Vocabulaire de la gestion mentale  Collectif, Ed.Chronique Sociale, p.25.

Il s'agit d'un dialogue qui amène l'apprenant à être observateur de lui-même et de sa pensée.

(3) Aider les élèves à apprendre G. de Vecchi, Ed. Hachette, 2010 (réédition), p.66-71.

(4) "A l'origine, trois mots venant du latin : Ad, cum, panis. Cum et Panis donnent "partager le pain de quelqu'un", le pain ou le labeur quotidien, partager les joies et les succès comme les peines et les difficultés, c'est le vrai sens du "compagnonnage".(...) Ad signifie la direction, le but. Accompagner c'est cheminer avec quelqu'un dans la même direction."

Accompagner le travail des adolescents avec la pédagogie des gestes mentaux Guy Sonnois, Ed. Chronique Sociale, 2011, p. 25.